Interview d'entrepreneur

1 mars 2017

Interview d'entrepreneur

Laura Campisano

Peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ? 

Moi c’est Laura Campisano, j’ai 36 ans et j’ai entamé une reconversion professionnelle pour me rapprocher de ce que je voulais vraiment faire dans la vie. Et je crois que j’ai trouvé : ce que je veux faire c’est écrire, c’est raconter des choses, c’est raconter des gens, mettre mon écriture au service des autres. D’un côté, pour les entreprises, je suis rédactrice de contenus et d’histoires d’entreprises à destination des salariés et des collaborateurs. D’un autre côté, je fais de l’écriture de biographies positives. C’est comme des bilans de compétences, ça permet de faire une rétrospective, de se situer à un moment donné. Ou alors ça permet de transmettre son histoire, son vécu à ses enfants et petits-enfants. L’objectif c’est que ce soit toujours bienveillant, c’est pour avancer. C’est pour ça que c’est positif. En septembre, j’intègre l’école de journalisme. Grands Ensemble me donne l’occasion de garder mon activité avec déjà un statut d’entrepreneur-salarié. C’est rassurant, ça fait moins peur. 

C’est pour cela que tu as intégré la coopérative ? Pour la sécurité du statut ?

J’étais en profession libérale avant. J’avais peur de ça, de l’insécurité du statut d’indépendante que j’ai vécu pendant cinq ans. En même temps, j’avais la volonté d’entreprendre, du coup j’étais un peu coincée. Quand soudain : « la lumière Grands Ensemble » ! Sans exagérer, c’est l’effet que ça m’a fait. Ça correspond à ce que je cherche : me sentir utile, coopérer, être en bonne intelligence, réussir à faire quelque chose de bien. Pour moi, c’est ça Grands Ensemble.

Parles-nous un peu de ton parcours au sein de la coopérative ? 

Ça avance doucement mais surement. Ca dépend de l’activité bien sûr. Là, j’ai un gros projet de rédaction d’un livre pour un gros éditeur du Nord-Pas-de-Calais. Grands Ensemble m’a permis d’accepter cette mission. C’est les premiers sous, le premier devis, la première facture… Ça va me permettre de dégager un salaire, un CDI en août (je suis un cas particulier, je suis en CSP). Ça va me permettre de vivre de ma passion-métier. C’est dingue ! Tout le monde n’a pas cette chance et j’aurais pu passer à côté s’il n’y avait pas eu Grands Ensemble. Ça ouvre des champs que je n’avais pas imaginés. Depuis la première réunion à Grands Ensemble, mon projet s’affine. J’ai rencontré plein de professionnels : des professionnels du marketing, de la com’, etc. et je me suis professionnalisée. J’avais un blog perso qui s’appelle « Y’a d’la joie », du coup, c’est le nom que j’ai choisi pour mes biographies positives. Du coup, ça me repositionne car je vais en faire un site. C’est plus pro, et comme les gens me connaissent déjà via les réseaux sociaux, je suis plus crédible. Grands Ensemble déclenche plein de choses dans mon parcours. Le livre que j’écris là va me permettre de me positionner sur le marché, j’aurais des références, là je travaille mon réseau. Je suis hyper positive moi-même donc je pense que ça va fonctionner. C’est le pied à l’étrier. 

Tu peux revenir sur la genèse de ton projet ? Comment tu as eu l’idée de faire des biographies positives ? 

Ça m’est venu de ma vie perso. Je suis d’origine italienne et mon grand-père est venu en France pour travailler dans les mines du Nord-Pas-de-Calais. Je connaissais l’histoire mais sans plus et quand il est décédé, je n’avais pas pu raconter son histoire. Du coup, j’ai décidé de le faire pour les autres. Ça c’est le point de départ. Et ensuite, il y a le volet développement personnel. Moi j’ai changé de vie professionnelle de façon assez radicale. Pour prendre confiance en moi, il fallait que je sache d’où je venais. Alors j’ai pris une feuille, j’ai tracé un trait de ma naissance à maintenant et j’ai vu tout ce que j’avais déjà accompli. Ça m’a rassurée. J’ai vu ce que j’avais fait et ça m’a donné envie d’aller plus loin. J’ai regardé dans le rétroviseur pour me positionner pour demain. Et donc j’ai décidé de le faire aussi pour les autres. Et quand j’en parle, bah ça match ! J’ai plusieurs contacts pour les deux prestations. Ce qui fait beaucoup de choses à faire quand j’y pense ! Mais c’est cool, c’est des rencontres. A tel point, qu’une de mes amies, journaliste au Québec et aussi à l’origine du blog « Y’a d’la joie », voudrait faire ça. Elle se renseigne pour entrer dans une structure comme Grands Ensemble au Canada. Ça fait des petits de raconter les histoires des autres. On pourrait même collaborer. Donc c’est encore mieux : tu crées un truc de toutes pièces et d’autres personnes veulent le faire aussi. C’est cool, je crois. 

Est-ce que tu peux nous parler de tes projets en dehors de la coopérative ? 

Je développe les cafés suspendus à Lille. L’idée c’est que tu prépayes un café pour les personnes qui n’en ont pas les moyens. Il y a entre 45% et 48% de précaires en France, pas que les SDF, mais ceux qui ont entre rien et tout juste. Ça ne va pas venir du haut donc faut que ça aille du bas vers le haut. On ne peut pas attendre que quelqu’un le fasse pour nous. On n’a pas ce luxe-là. Mais je voudrais développer cela pour la culture aussi. Pour faire ça, je distribue des livres aux SDF avec le collectif Sans Maille ça caille. Ça fait le lien avec les cafés, ils se mettent dans un coin et ils lisent. Ce n’est pas pour rien qu’on parle beaucoup de café-livres. D’ailleurs, mon objectif à long-terme c’est d’ouvrir une librairie. Bref, je veux donc développer un volet culture. C’est l’idée du tout suspendu : « Lille suspend ton café, ton resto, ton expo », que tout le monde puisse y aller. Ce n’est pas réservé à une élite, faut pas déconner ! Je voudrais aussi filer un coup de main à ceux qui ne savent pas lire et écrire (soit 7% de la population française). Du coup, je me forme dans le cadre de mon CSP pour former les adultes. Je me dis que si tu veux faire un truc de ta vie, fait-le. Faut être acteur de sa vie un peu. On est un collectif de citoyens, pour être une grande Nation, il faut se prendre en main. Aujourd’hui, on m’appelle pour développer les cafés suspendus à Douai, Arras ou Lens. C’est l’esprit ESS qu’on retrouve chez Grands Ensemble. C’est ce qui m’a mis la puce à l’oreille : ce modèle, on peut le faire dans la société. On peut le répéter à l’infini. J’ai voulu être avocate pour faire tout ça mais j’étais dans un environnement qui ne me correspondait pas. Aujourd’hui, je peux. L’idée c’est d’apprendre sur toi, de mettre à profit et de faire rejaillir sur les autres. C’est une circulation de l’énergie. Ça permet de bien dormir la nuit. T’es crevée mais c’est une bonne fatigue. 

Du coup, comment tu lies ton engagement citoyen à ton activité économique ? 

C’est vrai que ça fait beaucoup et j’ai toujours plein d’idées qui arrivent. Je suis sur quatre fronts en même temps donc c’est difficile de faire le tri. Mais tout est lié par la volonté d’aider les autres. Après moi, mon idée, c’est d’avoir de l’argent qui me permette de faire émerger d’autres projets. L’argent ce n’est pas une finalité, c’est un outil, un peu comme une pelle ou une truelle, ça te permet de construire des choses. Mon idée, c’est de collecter pour pouvoir redistribuer, pas de m’enrichir. Je crois que c’est Pierre Rabhi qui a dit que le lion dans la savane, il mange une gazelle pour se rassasier, pas douze. Moi c’est pareil, je n’ai pas besoin de plusieurs gazelles. 

Pour finir, une petite actu à partager ? 

Sur mon blog « Y’a d’la joie », je vais proposer deux choses :

  • Faire des portraits inspirants de porteurs de projets dont des personnes chez Grands Ensemble
  • Une biographie positive du collectif solidaire Sans maille ça caille 

Blog « Y’a d’la joie »